Anna Neum

Il y a une question que je me pose devant chaque personne qui entre dans un cours : qu'est-ce que ce corps a appris à faire sans qu'on le lui demande ?

C'est une question de danseuse avant d'être une question de professeure. Et c'est elle qui relie les trois choses que j'enseigne aujourd'hui — le tango argentin, le pilates, la gym posturale — qui n'ont l'air de rien avoir en commun tant qu'on ne les regarde pas de près.

Origine de la pratique

CQP ALS, option Activités Gymniques d'Entretien et d'Expression (AGEE) — la qualification professionnelle qui encadre l'enseignement de la gymnastique d'entretien, du mouvement et de l'expression corporelle.

Formation certifiante en Pilates — matwork, méthode telle que Joseph Pilates l'a conçue : le travail au sol comme fondation, le petit matériel comme accompagnement ponctuel et non comme finalité.

Plus de dix ans d'enseignement du tango argentin, en France et à l'international.

L'approche

J'ai commencé par la danse classique, enfant. C'est une formation qui laisse des traces particulières : on y apprend très tôt à penser le corps en termes de placement, d'axe, d'appuis — un vocabulaire de l'alignement, avant même de savoir que c'en est un. On y apprend aussi, il faut le dire, une certaine dureté envers soi. Il m'a fallu des années pour désapprendre celle-là, et c'est probablement pour ça que je tiens autant, aujourd'hui, à enseigner sans jugement.

Puis le tango argentin, que j'enseigne depuis plus de dix ans, et que j'ai enseigné un peu partout : en Russie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Géorgie, en France.

Ces années-là m'ont formée à quelque chose qu'aucun diplôme n'apprend vraiment. Quand tu enseignes le tango, tu passes tes journées à regarder des corps. Tu vois où ils se bloquent. Tu vois l'épaule qui monte pour compenser un bassin qui ne tourne pas. Tu vois la nuque qui se raidit dès qu'il faut faire confiance. Tu vois surtout que la plupart des difficultés qu'on attribue à la technique sont en réalité des histoires anciennes que le corps continue de raconter.

Tu apprends aussi que ça ne se corrige pas en le disant. On peut répéter cent fois « relâche ton épaule » sans qu'il se passe quoi que ce soit. Le corps ne change pas parce qu'on lui donne un ordre. Il change quand il trouve une autre option et qu'il se sent assez en sécurité pour la prendre.

Enseigner dans autant de pays m'a appris autre chose : les mots changent, les cultures du corps changent, la pudeur change — et pourtant les mêmes tensions reviennent partout. Ce sont les mêmes épaules, les mêmes dos, les mêmes peurs.

C'est en tirant ce fil que je suis allée vers le travail corporel plus large. Le pilates d'abord, puis la gym posturale. Non pas comme un changement de métier, mais comme la suite logique de la même attention.

Les qualifications

Il y a deux façons d'enseigner le mouvement. L'une consiste à définir une forme correcte et à amener les gens vers elle. L'autre consiste à comprendre pourquoi ce corps-là fait ce qu'il fait, et à lui proposer de quoi choisir autrement.

Je fais la deuxième. C'est plus lent et c'est plus intéressant.

Ce que ça change concrètement :

Pas de performance. Personne ne regarde si tu vas plus loin que ton voisin. La question n'est jamais « jusqu'où » mais « comment ».

Pas de niveau à rattraper. Les groupes sont petits, et un petit groupe permet de donner à chacun une consigne différente au même moment. C'est tout l'intérêt.

Pas de jugement. Ni le mien, ni celui que tu portes sur toi. Une bonne partie des tensions qu'on travaille en cours viennent d'ailleurs de là.

Du temps. Le corps apprend à son rythme, qui n'est pas celui qu'on aimerait lui imposer. Rien de ce qui est acquis vite ne reste.

Ce n'est pas une méthode douce parce que je manquerais d'exigence. C'est exigeant sur la précision plutôt que sur l'intensité. C'est souvent plus difficile.

Venir voir

La séance d'essai est gratuite, en pilates, en gym posturale comme en tango. Il n'y a pas grand-chose à décider avant : une heure sur un tapis ou sur une piste en dit plus long que n'importe quelle page.